(Image: Muffet / Wikimedia Commons)

Pourquoi le génie génétique ne peut résoudre le défi de la sécurité alimentaire mondiale

Les défen­seurs des OGM avan­cent sou­vent que les bio­tech­no­lo­gies sont indis­pens­ables pour nourr­ir une popu­la­ti­on mon­dia­le crois­s­an­te dans un con­tex­te de chan­ge­ment cli­ma­tique. Leur argu­ment cen­tral : les inno­va­tions géné­ti­ques pour­rai­ent éra­di­quer la faim et la mal­nu­tri­ti­on. Pour­tant, cet­te visi­on tech­no­cen­trée occul­te les cau­ses struc­tu­rel­les de l’insécurité ali­men­tai­re. Dans une ana­ly­se rigou­reu­se, la cher­cheu­se Jen­ni­fer Clapp, membre du Panel inter­na­tio­nal d’experts sur les systè­mes ali­men­tai­res dur­a­bles, démont­re pour­quoi la tech­no­lo­gie – seu­le – ne sau­rait garan­tir la sécu­ri­té ali­men­tai­re mon­dia­le. Elle plai­de pour une trans­for­ma­ti­on sys­té­mi­que, fon­dée sur des réfor­mes poli­ti­ques pro­fon­des.

Une que­sti­on d’accès, non de pro­duc­tion

Actu­el­le­ment, plus de 700 mil­li­ons de per­son­nes souf­frent de la faim, tan­dis que 2,3 mil­li­ards vivent dans une situa­ti­on d’insécurité ali­men­tai­re – c’est-à-dire qu’elles n’ont pas un accès régu­lier à une ali­men­ta­ti­on sûre, nut­ri­ti­ve et suf­fi­san­te.

Or, la cau­se prin­ci­pa­le de la faim n’est pas le man­que de nour­ri­tu­re, mais son iné­ga­le répar­ti­ti­on et l’injustice de l’accès. La pro­duc­tion mon­dia­le actu­el­le serait suf­fi­san­te pour nourr­ir l’ensemble de la popu­la­ti­on. Tou­te­fois, une gran­de par­tie des den­rées est détour­née vers :
• l’alimentation ani­ma­le,
• la pro­duc­tion de bio­car­bu­rants,
• les chaî­nes de trans­for­ma­ti­on indu­stri­el­le,
• ou tout sim­ple­ment gas­pil­lée (envi­ron 20 % dans les foy­ers, la restau­ra­ti­on et le com­mer­ce).

Ce désé­qui­lib­re est for­te­ment influen­cé par les inté­rêts éco­no­mi­ques des gran­des mul­ti­na­tio­na­les de l’agroalimentaire. Dans un système axé sur la ren­ta­bi­li­té, les popu­la­ti­ons pau­vres – sou­vent dans l’incapacité d’acheter ou de pro­dui­re leur pro­pre nour­ri­tu­re – ne repré­sen­tent pas un mar­ché inté­res­sant.

Des cau­ses struc­tu­rel­les pro­fon­des

La faim résul­te donc de désé­qui­li­bres sys­té­mi­ques : iné­ga­li­tés éco­no­mi­ques, répar­ti­ti­on iné­qui­ta­ble des res­sour­ces, con­flits armés et con­cen­tra­ti­on des pou­voirs. Les zones les plus tou­chées par la faim sont sou­vent des régions de guer­re, où la pri­va­ti­on ali­men­tai­re est par­fois uti­li­sée com­me arme poli­tique.

Ces fac­teurs com­ple­xes ne peu­vent être réso­lus par des solu­ti­ons tech­no­lo­gi­ques iso­lées, aus­si sophi­sti­quées soi­ent-elles.

Le rôle cen­tral de la poli­tique

Pour répond­re à la faim dans le mon­de, la volon­té poli­tique est essen­ti­el­le, rap­pel­le Jen­ni­fer Clapp. Cela impli­que :
• des poli­ti­ques de redis­tri­bu­ti­on des res­sour­ces,
• des stra­té­gies de réso­lu­ti­on des con­flits,
• une tolé­rance zéro face à l’utilisation de la faim com­me levier de pou­voir.

L’exemple du Bré­sil est ins­truc­tif : en l’espace de 18 mois, une com­bi­nai­son de trans­ferts moné­tai­res, de pro­gram­mes de nut­ri­ti­on sco­lai­re et de régle­men­ta­ti­on sala­ria­le a per­mis de rédui­re de 85 % l’extrême insé­cu­ri­té ali­men­tai­re.

Une poli­tique anti­trust plus stric­te est éga­le­ment néces­saire pour frei­ner la con­cen­tra­ti­on des ent­re­pri­ses tout au long de la chaî­ne ali­men­tai­re – des semen­ces à la dis­tri­bu­ti­on – et garan­tir une ali­men­ta­ti­on acces­si­ble à tou­tes et tous.

Des solu­ti­ons loca­les et dur­a­bles

La trans­for­ma­ti­on pas­se aus­si par des modè­les agri­co­les rési­li­en­ts et adap­tés loca­le­ment, com­me l’agroé­co­lo­gie, et par la révi­si­on des règles du com­mer­ce inter­na­tio­nal, qui main­ti­en­nent les pays à fai­bles reve­nus dans une posi­ti­on de dépen­dance.

Et la Suis­se dans tout cela ?

La Suis­se peut et doit con­tri­buer à cet­te tran­si­ti­on. Elle pour­rait ren­forcer son auto­suf­fi­sance ali­men­tai­re, par exemp­le en :
• sou­tenant l’agriculture régio­na­le,
• rédui­sant sa dépen­dance aux impor­ta­ti­ons de four­ra­ge,
• encou­ra­geant une con­som­ma­ti­on plus responsable de pro­duits d’origine ani­ma­le.

Cela per­met­trait aux pays exporta­teurs de réser­ver davan­ta­ge de res­sour­ces ali­men­tai­res à leur pro­pre popu­la­ti­on, au lieu de les ori­en­ter vers des mar­chés étran­gers.

Les limi­tes des nou­vel­les tech­no­lo­gies géné­ti­ques

Les nou­vel­les bio­tech­no­lo­gies (notam­ment le génie géné­tique ciblé) ne répon­dent ni aux cau­ses pro­fon­des de la faim ni aux enjeux d’équité, de rési­li­ence ou d’accès. Pire enco­re, elles ren­for­cent sou­vent un modè­le agri­co­le indu­stri­el, domi­né par quel­ques gran­des fir­mes détenant des bre­vets sur les semen­ces géné­ti­quement modi­fi­ées.

En accen­tu­ant les rela­ti­ons de pou­voir et de dépen­dance, ces tech­no­lo­gies ris­quent d’aggraver les pro­blè­mes qu’elles pré­ten­dent résoud­re.

Con­clu­si­on

Le pro­grès tech­no­lo­gi­que n’est pas inu­tile, mais il ne peut être l’unique levier de trans­for­ma­ti­on. Sans poli­ti­ques ambi­ti­eu­ses en faveur de systè­mes ali­men­tai­res équi­ta­bles, dur­a­bles et cen­trés sur les beso­ins des popu­la­ti­ons loca­les, aucu­ne inno­va­ti­on – aus­si avan­cée soit-elle – ne suf­fi­ra à éli­mi­ner la faim dans le mon­de.

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