(Image: Muffet / Wikimedia Commons)

Une nou­vel­le vari­an­te de l’é­di­ti­on géno­mi­que, appelée « Prime Editing », est très média­ti­sée depuis sa publi­ca­ti­on dans la revue spé­cia­li­sée Natu­re fin octobre 2019. Même si le Prime Editing n’en est qu’à ses débuts, la pres­se le pré­sen­te déjà com­me une métho­de révo­lu­ti­on­n­aire qui dev­rait trans­for­mer le génie géné­tique et la méde­ci­ne et per­mett­re de trai­ter par thé­ra­pie géni­que plus de 80 % des mala­dies héré­di­taires jus­qu’i­ci incur­a­bles, tel­les que la dré­pano­cy­to­se. Il pour­rait éga­le­ment être uti­li­sé pour le déve­lo­p­pe­ment de varié­tés. Sa pré­cis­i­on accrue est par­ti­cu­liè­re­ment appré­ciée. Ce qui frap­pe, c’est que les cise­aux géné­ti­ques CRISPR/Cas9, jus­qu’a­lors pré­sen­tés com­me extrê­me­ment pré­cis, sont sou­da­i­ne­ment mon­trés sous un mau­vais jour. Au lieu d’êt­re con­sidé­rés com­me un outil chir­ur­gi­cal de pré­cis­i­on, ils sont désor­mais plutôt pré­sen­tés com­me des cise­aux de cui­sine gros­siers pré­sen­tant un ris­que important pour la sécu­ri­té. Une image que les par­tis­ans du génie géné­tique ont para­doxa­l­e­ment ten­té de com­b­att­re jus­qu’à pré­sent. Cet­te image pro­vo­que un cer­tain sen­ti­ment de déjà-vu chez les détrac­teurs du génie géné­tique : lors de la décou­ver­te de CRISPR/Cas9, le génie géné­tique clas­si­que, jus­qu’a­lors con­sidé­ré com­me poly­va­lent, a rapi­de­ment été qua­li­fié de gros­sier et peu fia­ble.

Mais sur quel­les pro­prié­tés du nou­vel outil « Prime Editing » ces élo­ges se basent-ils ? Et en quoi cet­te nou­vel­le métho­de est-elle meil­leu­re que l’in­stru­ment stan­dard actuel, CRISPR/Cas9 ?

L’un des incon­vé­ni­ents des cise­aux géné­ti­ques CRISPR/Cas9 est qu’ils cou­pent les deux brins d’ADN et lais­sent la cel­lu­le répa­rer de maniè­re incon­trôlée les dom­mages cau­sés. Une rup­tu­re dou­ble brin dans une cel­lu­le est en effet une err­eur fata­le, c’est pour­quoi le méca­nis­me de répa­ra­ti­on auto­ma­tique de la cel­lu­le est immé­dia­te­ment déclen­ché. Cepen­dant, celui-ci est très impré­cis et insè­re au hasard dans la zone ouver­te des frag­ments d’ADN prés­ents qui ont été intro­duits dans la cel­lu­le avec les cise­aux géné­ti­ques com­me modè­le. Out­re les modi­fi­ca­ti­ons sou­hai­tées, cela ent­raî­ne sou­vent des muta­ti­ons indé­si­ra­bles, c’est pour­quoi cet­te métho­de est par­ti­cu­liè­re­ment adap­tée à la désac­ti­va­ti­on de cer­ta­ins gènes.

Le Prime Editing dev­rait désor­mais per­mett­re de con­tour­ner en gran­de par­tie ce pro­ces­sus de répa­ra­ti­on. Pour ce fai­re, on uti­li­se une enzy­me de cou­pu­re modi­fi­ée qui ne cou­pe qu’un des deux brins. Com­me il n’y a pas de rup­tu­re du dou­ble brin, le système de répa­ra­ti­on cel­lu­lai­re, sujet aux err­eurs, n’est pas acti­vé. Cela per­met un meil­leur con­trô­le de l’é­di­ti­on, qui n’est plus lais­sée au hasard.

Le Prime Editing n’est cer­tes pas la pre­miè­re métho­de qui ne pro­vo­que pas de rup­tu­re du dou­ble brin et off­re ain­si une pré­cis­i­on accrue. Les appro­ches pré­cé­den­tes (par exemp­le les édi­teurs de bases déve­lo­p­pés par le même grou­pe de recher­che) n’ont tou­te­fois pu être uti­li­sées que de maniè­re limi­tée jus­qu’à pré­sent. Elles per­met­tai­ent cer­tes de modi­fier de maniè­re ciblée des lett­res indi­vi­du­el­les de l’ADN et de cor­ri­ger ain­si d’é­ven­tu­el­les err­eurs con­dui­sant à des mala­dies, mais elles ne pou­vai­ent pas trans­for­mer à volon­té tou­tes les lett­res du code géné­tique en d’aut­res. Le rem­pla­ce­ment n’é­tait pos­si­ble qu’ent­re des élé­ments appa­ren­tés (appelés com­po­sants com­plé­men­tai­res), par exemp­le ent­re la gua­ni­ne et la cyto­si­ne ou ent­re l’a­dé­ni­ne et la thy­mi­ne. Le Prime Editing dev­rait désor­mais per­mett­re de rem­pla­cer à volon­té cha­cun des quat­re com­po­sants de l’ADN par un aut­re.

 

« Avez-vous pris le train en mar­che du bat­ta­ge média­tique autour du CRISPR ? Avez-vous cru à la pro­mes­se « CRISPR va chan­ger le mon­de et la vie » ? Alors il est temps de mett­re fin à cet engouement ! » Ce qui sem­ble cri­tique envers le génie géné­tique est en réa­li­té la publi­ci­té d’u­ne ent­re­pri­se de bio­tech­no­lo­gie pour une nou­vel­le ver­si­on amé­lio­rée des cise­aux géné­ti­ques CRISPR/Cas9. Les nombreu­ses ten­ta­ti­ves d’a­mé­lio­ra­ti­on de cet outil prou­vent à quel point il est défail­lant. Image : Wiki­me­dia Com­mons
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Com­ment fonc­tion­ne le Prime Editing ?

Afin de pou­voir con­trô­ler la cou­pu­re avec plus de pré­cis­i­on, la molé­cu­le qui trouve la zone cib­le de l’en­zy­me de cou­pu­re sur l’ADN (ADN gui­de) et la pro­téi­ne de cou­pu­re elle-même ont été modi­fi­ées.

Con­trai­re­ment à CRISPR/Cas9, dans le Prime Editing, le modè­le pour la nou­vel­le infor­ma­ti­on géné­tique n’est plus intro­duit dans la cel­lu­le sous for­me de frag­ments d’ADN. Il est plutôt inté­g­ré dans la molé­cu­le d’ARN gui­de. Ain­si, cel­le-ci non seu­le­ment recon­naît l’en­droit à cou­per dans le géno­me et y gui­de l’en­zy­me de cou­pe Cas9, mais sert éga­le­ment de modè­le pour la modi­fi­ca­ti­on pré­vue. Afin de pou­voir tra­dui­re ce modè­le d’ARN en ADN, la pro­téi­ne de cou­pe Cas9 a dû être asso­ciée à une aut­re enzy­me (appelée tran­scrip­ta­se inver­se) capa­ble de tran­scr­i­re des séquen­ces d’ARN en ADN. Le pro­ces­sus est alors rela­ti­ve­ment simp­le : lorsque l’ARN gui­de trouve la séquence cib­le, les cise­aux géné­ti­ques modi­fi­és cou­pent un brin d’ADN. La tran­scrip­ta­se inver­se inté­g­rée dans les cise­aux géné­ti­ques tra­duit la nou­vel­le infor­ma­ti­on géné­tique four­nie dans l’ARN gui­de en ADN. Cel­le-ci est inté­g­rée dans le géno­me de l’or­ga­nis­me cib­le, tan­dis que la séquence d’ADN d’o­ri­gi­ne est recon­nue com­me super­flue par une enzy­me de cou­pu­re pro­pre à la cel­lu­le et cou­pée. Cepen­dant, com­me les deux brins d’ADN pré­sen­tent désor­mais deux séquen­ces non cor­re­spond­an­tes, le com­ple­xe enzy­ma­tique de cou­pu­re est gui­dé par un aut­re ARN gui­de vers l’emplacement cor­re­spond­ant du brin d’ADN jus­qu’a­lors inchan­gé et le cou­pe. C’est seu­le­ment à ce moment-là que les méca­nis­mes de répa­ra­ti­on pro­pres à la cel­lu­le sont uti­li­sés, qui uti­li­sent la séquence ajou­tée arti­fi­ci­el­le­ment com­me modè­le et, à par­tir de cel­le-ci, pro­dui­sent la séquence de bases com­plé­men­tai­re sur le brin oppo­sé.

Ce pro­cé­dé per­met un meil­leur con­trô­le du pro­ces­sus de trans­for­ma­ti­on et vise à rédui­re le nombre d’ef­fets indé­si­ra­bles non ciblés (off-tar­gets). Ces der­niers ne dev­rai­ent plus con­cer­ner qu’un dixiè­me des cel­lu­les modi­fi­ées, alors que 90 % des cel­lu­les étai­ent tou­chées avec CRISPR/Cas.

Ris­ques non enco­re testés

Mais une réduc­tion des ris­ques ne signi­fie pas qu’ils sont inexi­stants. Le Prime Editing n’est exempt ni de ris­ques, ni de muta­ti­ons indé­si­ra­bles. Les gènes faisant par­tie d’un réseau plus vaste dont les élé­ments inter­agis­sent ent­re eux, ce n’est qu’u­ne que­sti­on de temps avant que les pre­miers pro­blè­mes liés à cet­te métho­de n’ap­pa­rais­sent et qu’el­le ne soit elle aus­si dis­cré­di­tée com­me une « hache dans la forêt géné­tique ». Com­me le soulignent ses inven­teurs eux-mêmes, afin de pou­voir éva­luer les con­sé­quen­ces de l’in­ter­ven­ti­on, il faut recher­cher des modi­fi­ca­ti­ons indé­si­ra­bles dans l’en­sem­ble du géno­me. Jus­qu’à pré­sent, cet­te nou­vel­le tech­ni­que a été testée sur quel­ques types de cel­lu­les humain­es et sur des cel­lu­les ner­ve­u­ses de sou­ris. On ne sait pas enco­re si et dans quel­le mesu­re ces nou­vel­les cise­aux géné­ti­ques fonc­tion­ner­ai­ent dans d’aut­res types de cel­lu­les, c’est-à-dire « in vivo ». Ce nou­vel outil n’est donc pas enco­re prêt à être uti­li­sé sur des pati­ents.

Mais il pour­rait rapi­de­ment gagner en popu­la­ri­té dans le domaine de la recher­che. On spé­cu­le déjà sur son uti­li­sa­ti­on dans la cul­tu­re des plan­tes. Le pro­blè­me reste le même que pour les aut­res outils d’é­di­ti­on géno­mi­que, à savoir une éva­lua­ti­on insuf­fi­san­te des ris­ques liés aux effets second­ai­res indé­si­ra­bles de la modi­fi­ca­ti­on géné­tique. Ceux-ci peu­vent résul­ter non seu­le­ment de la nou­vel­le métho­de, mais aus­si, com­me pour tou­tes les aut­res inter­ven­ti­ons géné­ti­ques pré­cé­den­tes, de l’in­tro­duc­tion du nou­veau maté­ri­el géné­tique ou de la cul­tu­re ulté­ri­eu­re des plan­tes.

Il serait donc pré­ma­tu­ré et irre­sponsable d’uti­li­ser cet­te pré­cis­i­on amé­lio­rée com­me argu­ment pour ren­forcer le lob­by­ing cont­re une régle­men­ta­ti­on stric­te du génie géné­tique dans l’ag­ri­cul­tu­re.

Sur le plan com­mer­cial, le Prime Editing sem­ble offrir un énor­me poten­tiel, ce qui pour­rait éga­le­ment le rend­re attra­yant pour l’in­du­strie agri­co­le. Prime Medi­ci­ne, une ent­re­pri­se cofon­dée par David Liu, le décou­vr­eur de la métho­de, est titu­lai­re d’u­ne licence pour les appli­ca­ti­ons testées par le grou­pe de recher­che. Si l’uti­li­sa­ti­on non com­mer­cia­le et la pour­suite des recher­ches sur cet­te appro­che sont auto­ri­sées, les deman­des com­mer­cia­les pour le système en instance de bre­vet pour­rai­ent s’a­vé­rer coûteu­ses.

Ser­vice d’in­for­ma­ti­on sur le génie géné­tique con­cer­nant le Prime Editing

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