De quoi s'agit-il ?
Le nouveau génie génétique permet d'introduire de l'ADN supplémentaire ou de désactiver des gènes chez les animaux de laboratoire de manière plus ciblée et plus rapide qu'auparavant. Cela permet entre autres de simuler des maladies humaines sur des animaux ("modèles d'expérimentation animale") ou d'étudier les fonctions des gènes. Entre-temps, des entreprises proposent de livrer des souris et des rats génétiquement modifiés (GM) „sur mesure“ à un prix particulièrement avantageux et en l'espace de quelques mois.
Qu'est-ce qui pose problème ?
Un bénéfice médical ou thérapeutique immédiat n'est pas lié à un grand nombre d‘ expériences sur animaux. Dans la plupart des cas, les "modèles d'expérimentation animale" n'ont pas répondu aux attentes. Le nombre d'expériences sur les animaux GM ne cesse d'augmenter dans le monde entier. En Suisse, entre 2017 et 2019, plus de 450 000 animaux de laboratoire GM ont été utilisés au total dans des expériences sur animaux.
Les perspectives de profits jouent également un rôle important dans l'utilisation croissante d'animaux de laboratoire GM car ils peuvent être brevetés. En Europe, il existe déjà plus de 1500 brevets sur des animaux, y compris sur des primates. L'éventail des espèces animales GM s'élargit lui aussi chaque année : outre les souris et les rats, on travaille par exemple sur des singes, des poissons, des amphibiens, des porcs et des chiens.
Du point de vue de la protection des animaux, la question se pose de savoir si la modification génétique d'animaux de laboratoire pour les faire ressembler à un tableau clinique humain et les rendre pour cela artificiellement gravement malades ne constitue pas en soi une instrumentalisation excessive et une atteinte profonde à leur apparence et à leurs capacités.
En apprendre plus avec la brochure de l'ASGG :" Le génie génétique chez les animaux (2022)"
Selon les partisans des NTG, ces dernières pourraient aussi être utilisées pour causée par l'homme et offrir au plus grand nombre possible d'espèces menacées une sorte de répit avant leur possible extinction, entre autres en les rendant résistants contre des maladies. C'est pourquoi ce thème préoccupe actuellement beaucoup les instances internationales de protection de la nature et les groupes de recherche. Une question centrale est de savoir à partir de quel statut de menace, quelles méthodes peuvent être utilisées et qui en décide. Il est donc indispensable de procéder à une évaluation reposant sur un large consensus social. Les projets audacieux de résurrection d'espèces éteintes, comme le mammouth, disparu il y a des milliers d'années, ont eu le plus grand retentissement médiatique au monde.
Le forçage génétique doit également être utilisée à des fins de protection de la nature, afin de propager rapidement des gènes artificiellement modifiés dans toute une population. Il s'agit par exemple de lutter contre des espèces animales invasives qui se propagent dans des régions d‘où elles ne sont pas originaires.
Les NTG ont provoqué un boom des applications en médecine humaine. Des recherches intensives sont menées dans les trois domaines suivants :
Xénotransplantation
Avec CRISPR/Cas, le transfert d'organes, de tissus ou de cellules animales à l'homme (xénotransplantation) connaît une renaissance. Ce nouvel outil pourrait permettre d'obtenir des porcs modifiés à plusieurs reprises et exempts de virus, qui fourniraient des organes bien tolérés - et donnerait ainsi un coup de pouce à ce domaine de recherche. Comme l'homme et le porc sont séparés par quelque 80 millions d'années d'évolution, les différences de physiologie ainsi que les défenses immunitaires constituent des barrières biologiques qui ne peuvent être surmontées que par des modifications génétiques multiples. Les zoonoses - maladies pouvant être transmises de l'animal à l'homme - pourraient également être évitées. Des essais sur des singes sont en cours depuis longtemps. Le premier cœur de porc a été testé sur un être humain en 2022. Les pays leaders sont les États-Unis et la Chine. En Europe, la Suisse occupe une position de pointe en matière de recherche (universités).
Les zoonoses devraient également être éliminées grâce aux NTG. Les zoonoses constituent une menace non seulement pour les personnes qui reçoivent les organes, mais aussi pour la population en général, puisqu'elles pourraient, dans le pire des cas, déclencher une pandémie. En Suisse, la xénotransplantation est en principe possible. Une interdiction et un moratoire, qui ont fait l'objet de discussions au début des année 2000, n'ont pas trouvé de majorité dans le monde politique.
Les questions d'éthique humaine et plus encore d'éthique animale restent en arrière-plan. Il est urgent d'ouvrir un nouveau débat à ce sujet, comme le montre un rapport de la Commission fédérale d'éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (CENH).
Animaux-Hommes-Chimères
Avec CRISPR/Cas, la création d'animaux capables de produire des organes humains a pris son essor. La création d'êtres hybrides animaux-humains (appelés chimères) pour fournir des organes pour une xénotransplantation est particulièrement controversée. On ne sait pas si CRISPR/Cas permettra une réelle percée dans le domaine, mais il est clair qu'elle repousse déjà les limites éthiques. D'un point de vue juridique, la recherche sur la xénotransplantation chimérique en Suisse se situe dans une zone grise. Il faudra donc déterminer où se situent les limites de ce qui est autorisé.
Comme il n'est pas possible de contrôler l'endroit où les cellules humaines introduites s'implantent dans les embryons animaux, elles pourraient aussi se développer chez l'animal dans des parties du corps particulièrement douteuses sur le plan moral - par exemple en spermatozoïdes et en ovules ou en cellules nerveuses dans le cerveau. Aucun embryon animal-humain n'a encore été porté à terme. Au Japon et aux États-Unis - les deux pays leaders en matière de xénotransplantation chimérique - cela pourrait bientôt changer. Le Japon a assoupli ses règles en la matière en 2019. Des projets de xénotransplantation chimérique existent également en Suisse. A l'Université de Genève, des chercheurs travaillent à la modélisation de la production de foies chimériques chez les rongeurs.
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Gene pharming
Dans le domaine Molecular Pharming/Gene Pharming, les chercheurs travaillent à modifier génétiquement des vaches, des poules, des chèvres et des lapins de manière à ce qu'ils puissent être utilisés comme bioréacteur pour produire des substances diverses médicamenteuses dans le lait, le sang ou dans les œufs. Ce domaine de recherche, qui associe la pharmacie et l'élevage d'animaux de rente pour transformer les animaux en bioréacteurs vivants, promettait autrefois des bénéfices énormes. On pensait qu'il serait ainsi possible de produire des médicaments à moindre coût que dans des fermenteurs contenant des bactéries, des levures ou des cellules de mammifères génétiquement modifiées. Mais contrairement aux fermenteurs, le gene pharming ne s'est pas imposé. Il n'est pas certain que le nouveau génie génétique change la donne. Il existe certes des recherches dans ce domaine - surtout en Chine - mais on ne peut pas parler d'un boom. Car même si CRISPR résout certains des problèmes techniques actuels, les nouveaux avantages sont trop faibles pour que les entreprises pharmaceutiques passent à la production par des animaux GM.
Le pharming génétique serait en principe possible en Suisse s'il sert à la thérapie des êtres humains. En revanche, il n'est pas clair si les produits de Gene Pharming pourraient être commercialisés en Suisse en tant que compléments alimentaires ou dans des aliments fonctionnels.
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Chez les animaux de compagnie, les variantes génétiquement modifiées n'existent pour l'instant que chez les poissons d'ornement. Aux Etats-Unis, des vairons transgéniques lumineux, des barbus zébrés, des barbeaux de Sumatra et des characidés sont disponibles sous la marque GloFish. Dans les eaux brésiliennes, les poissons lumineux transgéniques qui se sont échappés se répandent déjà. Des poissons décoratifs lumineux seraient également commercialisés dans certains pays d'Asie. Grâce aux nouvelles technique de génie génétique (NTG), d'autres animaux pourraient désormais suivre. Outre les nouvelles espèces de poissons d'ornement, les chats, les chiens et les porcs domestiques sont dans le collimateur des éleveurs d'animaux de compagnie.
L'accent mis sur les projets qui utilisent des NTG chez les animaux de compagnie est comparable à celui des animaux d'élevage. La recherche porte sur des caractéristiques telles que la taille, la résistance aux maladies, le comportement ou l'apparence. Ce dernier aspect revêt souvent une importance particulière chez les animaux de compagnie, ce qui suscite des inquiétudes quant à l'émergence d'un marché d'animaux design sur commande. Les conséquences négatives de sélection de traits physionomiques , qui causent déjà souvent des souffrances aux animaux, pourraient ainsi être encore renforcées. La relation homme-animal jouant un rôle particulier dans la sélection d'animaux de compagnie, des recherches sont également menées sur des maladies animales connues aussi en médecine humaine. En effet, les animaux de compagnie souffrent également de diabète, de tumeurs ou de maladies générales liées à l'âge. Des entreprises spécialisées dans les thérapies géniques ont reconnu ce potentiel et testent des possibilités d'adapter des thérapies issues de la médecine humaine à la médecine vétérinaire.
Face à cette accélération, il devient urgent d’établir des directives globales encadrant l’utilisation des NTG chez les animaux. Les données sur les impacts réels de ces manipulations sont encore limitées, et les risques – aussi bien pour l’homme que pour l’environnement – restent largement inconnus. Certains usages, comme le forçage génétique visant à modifier des populations animales sauvages, pourraient avoir des conséquences irréversibles. Pourtant, plusieurs pays envisagent déjà d’assouplir les réglementations en matière d’autorisation des animaux génétiquement modifiés. Une telle précipitation est irresponsable. Contrairement aux plantes, les animaux sont mobiles et interagissent différemment avec leur environnement, ce qui rend leurs effets imprévisibles. Avant toute autorisation, des études approfondies sur les risques sont indispensables. De plus, le bien-être animal ne doit pas être négligé : toute modification doit garantir des conditions d’élevage et de soins adaptées aux besoins des animaux.
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Buts
L'augmentation du rendement en viande est au centre de la grande majorité des projets de recherche utilisant CRISPR/Cas sur les animaux de rente. Cet objectif doit être évalué de manière critique du point de vue de la protection des animaux. ont été réalisés dans le but de produire des animaux GM qui produisent plus de viande (situation en 2022, voir rapport mentionné plus haut). La plupart du temps, un gène appelé MSTN, qui inhibe naturellement la croissance musculaire, est désactivé. Les chercheurs tentent d'augmenter la production de muscle, surtout chez les porcs, mais aussi chez les bovins et les poulets,
Les moutons, les chèvres, les cailles et les lapins font l'objet de projets similaires. Ces projets ne réduisent pas seulement les animaux à de simples fournisseurs de viande, mais les rendent souvent malades. Chez les porcs, par exemple, l'inactivation du gène MSTN peut conduire à des animaux diformes qui ont des pattes anormales et qui meurent dans les jours qui suivent leur naissance.
C'est surtout chez les poissons comestibles que l'on tente d'accélérer la croissance au moyen du génie génétique. Qu'il s'agisse de saumons, de brochets, de carpes, de silures, de tilapias ou de truites, les chercheurs ont tenté d'introduire des gènes d'hormones de croissance, généralement étrangers à l'espèce, afin de créer des variantes qui atteignent leur poids d'abattage plus rapidement. A plusieurs reprises, les gènes hormonaux supplémentaires ont eu pour conséquences que les animaux se développent avec des anomalies, comme par exemple des formes de crâne modifiées ou une faible fertilité. Jusqu'à présent, un seul de ces projets a débouché sur un produit commercial : le saumon AquAdvantage de l'entreprise américaine Aquabounty. Ce poisson GM à croissance rapide, produit par génie génétique classique, a été autorisé à la consommation 2015 aux États-Unis, puis au Canada et au Brésil. En 2025, l'entreprise a cessé sa production.
Les NTG pourrait donner naissance à d'autres poissons à croissance rapide, puisque deux poissons de table GM ont déjà reçu le feu vert des autorités d'autorisation : un tilapia du Nil GM d'Aquabounty en Argentine (2018) et une dorade rouge de la start-up Regional Fish au Japon (2021). Pour chacun de ces deux poissons, les entreprises ont désactivé le gène MSTN, ce qui permet aux animaux d’avoir une croissance accélérée.
D'autres poissons GM de consommation devraient être mis sur le marché à l'avenir.Les leaders dans ce domaine sont la Chine et les Etats-Unis.
Le génie génétique doit permettre de créer des animaux qui fournissent des produits avec moins ou pas d‘allergènes aux personnes allergiques à la viande ou à certains composants protéiques de l'œuf de poule. Les allergies à la viande sont déclenchées par un type de sucre présent dans la viande et appelé alpha-gal. Les succès de la transgénèse dans ce domaine sont restés modestes, puisqu'ils n'ont abouti qu'à un seul produit dans le monde :
Aux États-Unis, le porc GalSafe de la société Revivicor a été autorisé fin 2020. Initialement développée à des fins de médecine humaine, la viande de ces animaux a été autorisée pour les personnes allergiques à la viande de porc. Cependant, on cherche encore des entreprises partenaires qui seraient intéressées par la vente de ce produit.
Le nouveau génie génétique permettrait entre autres de produire des porcs à la viande pauvre en allergènes, des chèvres et des vaches au lait pauvre en allergènes et des poules aux œufs sans allergènes. Aucun produit n'est encore disponible sur le marché.
Voici quelques exemples de résistances aux maladies introduites par génie génétique :
Problèmes :
Dans le domaine de la protection de la nature, on s'efforce également de protéger les espèces rares contre les maladies. Ainsi, la technologie du forçage génétique devrait permettre d'introduire un gène de résistance contre un champignon cutané importé d'Asie chez la salamandre tachetée, une espèce menacée, afin d'assurer sa survie.
Les projets utilisant les nouvelles techniques génétiques, qui, selon leurs propres déclarations, sont menés dans le but d'améliorer le bien-être animal, doivent être évalués de manière critique. Ces prétendus projets de bien-être animal visent généralement à accroître l'acceptation des consommateurs à l'égard de l'utilisation des techniques génétiques. En outre, ils offrent avant tout à l'industrie la possibilité d'industrialiser encore davantage sa production et de conquérir de nouveaux marchés, car les procédés et les animaux qui en résultent sont brevetables. Voici quelques exemples de « projets de bien-être animal » :
Vertébrés
L’avènement des ciseaux génétiques CRISPR/Cas a ouvert une nouvelle ère dans la manipulation génétique des animaux, simplifiant et accélérant considérablement ces modifications. Cette avancée technologique, combinée à une évolution des cadres réglementaires, favorise le développement des animaux d’élevage génétiquement modifiés. Plusieurs pays – dont le Japon, le Canada, le Brésil, l’Argentine et l’Australie – ont choisi d’appliquer des règles plus souples aux animaux modifiés par les nouvelles techniques génomiques (NTG) dès lors qu’aucun gène étranger à l’espèce n’a été introduit. En conséquence, jamais autant d’espèces animales n’ont été génétiquement modifiées pour des usages aussi variés, allant de la recherche biomédicale à la conservation de la nature, en passant par l’agriculture. Les NTG sont même envisagées pour modifier des animaux de compagnie.
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Domaines d'application
Le génie génétique et le clonage : un duo controversé
Le clonage et la modification génétique vont souvent de pair. Le clonage ne se limite plus à la production d’animaux GM ; il est devenu un marché en pleine expansion. Aujourd’hui, plus d’une douzaine d’entreprises proposent le clonage d’animaux domestiques (chiens, chats) et d’élevage (bovins, chevaux, chèvres) à travers le monde.
Cette combinaison entre génie génétique et clonage soulève d’importantes préoccupations éthiques et sanitaires. Le clonage reste une technique très inefficace : seuls 1 à 5 % des embryons clonés implantés dans une mère porteuse aboutissent à une naissance viable. De plus, les animaux clonés présentent fréquemment des problèmes de santé graves tels que des insuffisances cardiaques ou hépatiques, des déficiences immunitaires, des troubles respiratoires ou encore une hypertension pulmonaire.
Le recours au clonage est particulièrement courant dans les projets de modification génétique. Environ 90 % des études impliquant l’ajout de gènes utilisent cette méthode, tandis que 50 % des expériences portant sur la suppression de gènes y ont également recours.
Pourquoi renoncer au génie génétique des animaux ?
En Suisse, la Loi sur le génie génétique (LGG) n’autorise la modification génétique des vertébrés que pour des applications spécifiques : la recherche, la thérapie et le diagnostic sur l’homme et les animaux. Ce cadre juridique strict respecte l’esprit de la Constitution fédérale en tenant compte de la dignité des êtres vivants et en orientant la sélection animale vers les attentes du marché.
Or, le marché ne réclame pas d’animaux de rente génétiquement modifiés. Leur absence dans l’élevage suisse renforce la confiance des consommateurs dans la production nationale et facilite l’exportation de produits animaux vers l’Union européenne. Préserver ce cadre réglementaire rigoureux est donc essentiel pour la transparence du secteur et la compétitivité des éleveurs suisses.
Pour en savoir plus : FAQ sur le génie génétique chez les animaux de rente (en allemand)
Les thèmes abordés vont de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’agriculture et la production alimentaire à des sujets tels que le changement climatique et l’intelligence artificielle. L’objectif est de créer une conscience critique par l’information, la discussion et l’action, de protéger l’agriculture suisse contre les effets négatifs du génie génétique et de proposer des alternatives qui tiennent compte de l’écologie, de la biodiversité, de l’éthique, du bien-être animal et de la justice sociale.
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